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Le 17 mars 2003, les Fédéralistes en Ile-de-France organisaient
un grand dîner débat au restaurant L'Esterel à Montmartre.

Dîner débat : laïcité, identité, communautarisme,
comment vivre ensemble en France aujourd'hui ?

Après une introduction de Christian Chavrier, vice-président et candidat aux élections régionales, Yves Gernigon, Président de l'association modérait les débats.
Les intervenants étaient Antoine Sfeir, Directeur des "Cahiers de l'Orient", expert auprès de la commission Stasi sur la laïcité et Victor Bouadjio Directeur de l'Institut du Monde Noir et du magazine "Écrire Aujourd'hui".


Voici un compte rendu des débats :

Antoine Sfeir, débute son intervention par donner sa définition de la laïcité : "la laïcité, c'est le droit de croire ou de ne pas croire. La laïcité englobe donc toutes les religions. La citoyenneté doit transcender les identités, il faut donc une citoyenneté qui intègre et non qui assimile".

En arrivant en France, Antoine Sfeir a compris ce qu'était qu'être libanais de façon positive. Il a fait une "redécouverte identitaire". "Aujourd'hui, on a mis des barrières à l'intégration citoyenne" ajoute-t-il.

Antoine Sfeir revient sur les trois générations de musulmans qui sont en France. "La première génération est venue sur demande du gouvernement français de l'époque. En 1974, on a voté le regroupement familial. Cependant, il n'y a pas eu de volonté d'intégration mais on a ghettoïsé les Musulmans. La deuxième génération réussit également son intégration économique et sociale. Les problèmes sont apparus avec la troisième génération. On rencontre une volonté de francisation. Or, vers l'adolescence, on dit à ces jeunes : tu es français et musulman ! Mais ces jeunes ne savent pas ce qu'est l'Islam. Il y a un rejet de la famille, le pays d'origine devient l'Eden alors que le pays d'accueil n'a aucune valeur à leurs yeux. Ce schéma implique une destruction sociétale. Ils sont donc tentés par le pouvoir de l'argent facile. Dans cette quête, il arrive qu'ils rencontrent un imam. S'opère donc une ré-islamisation destructrice. Cela marginalise ces jeunes et créé finalement une désintégration. Mais, ce schéma représente une minorité" précise Antoine Sfeir.

"Cette marginalisation de l'enseignement de la République provient du fait que l'on ne donne pas aux enseignants les moyens d'appréhender le fait religieux. La tolérance, c'est la reconnaissance de l'autre dans son intégrité ! Il y a une rébellion identitaire et sociale car une partie de la communauté n'est pas reconnue. Ce qui est plus grave, c'est que cette rébellion est instrumentalisée".

Sur le problème du voile, Antoine Sfeir nous donne son point de vue, le même que celui qu'il a défendu devant la Commission Stasi : "La loi de 1905 prévoit que tous signes extérieurs religieux doivent être hors de la sphère publique. Le voile représente l'aliénation de la femme ce qui n'est pas acceptable. De plus, il faudrait étendre la loi aux hôpitaux" ajoute-t-il.

Victor Bouadjio, revient sur son arrivée en France et sur son vécu : "ici, nous sommes confrontés à deux murs. Vivre la vie française et vivre la vie africaine en France! La France est un pays fait de lois et de règlements ce qui est aux antipodes de la culture africaine. Il ne faut pas oublier que la France et l'Afrique sont très liées. Il faut apprendre à gérer le passé commun entre ces deux pays ! Il faut réagir avec le sens de l'Humain et non celui des lois !".

Selon Victor Bouadjio, "il a manqué d'une décolonisation humaniste. En effet, la France pourrait être associée aux 600 millions d'Africains dans son développement, et non à la Chine ou au Japon! Les Africains attendent !"

"Le Cameroun est un pays qui a la particularité d'avoir été colonisé par les Français et les Anglais. Cela a impliqué deux visions différentes et par conséquent, des différences de culture au sein de même famille" ajoute-t-il également.


Antoine Sfeir réagit sur ces propos en différenciant la langue anglaise et la langue française. En effet, pour lui "l'anglais est la langue de la communication, alors que le français est la langue de la culture".

Victor Bouadjio considère que "ce sont les individus qui sont au coeur de la création. La Francophonie n'industrialise pas. Il y a un échec de la défense de la langue française".

Antoine Sfeir revient sur un détail important concernant les politiques et leurs attitudes. Selon lui, "notre vie est telle que nous ne voyons plus les autres. Le devoir du citoyen, c'est de tous se rejoindre dans une même société ! Mais, croit-on encore en notre société et sommes nous encore humaniste ? La fraternité ne se décrète pas, elle se bâtit".


Antoine Sfeir conclut par ces quelques mots sur l'état actuel de nos écoles en France. "Il y a aujourd'hui un rejet du fait religieux qui est dû à un manque de connaissance de l'histoire des religions. Il n'y a plus de passerelles culturelles, mais que des passerelles économiques ! Il y a un vrai déficit de nos écoles publiques. Ce déficit permet de comprendre l'engouement d'aujourd'hui pour les écoles privées".

Victor Bouadjio partage l'analyse d'Antoine Sfeir : "les enseignants du secteur public sont des diplomates au service des élèves et des parents. Le seul lieu où les enseignants transmettent, c'est dans le secteur privé".

Merci aux nombreux participants qui ont répondu présent.
On a pu apprécier la présence de France Gamerre, Présidente de Génération Écologie et de nombreux membres du mouvement, Cécile Kerbel et Philippe Van Den Herreweghe du Collectif des Démocrates Handicapés, des représentants de l'association Vaincre le Chômage et de l'Union pour une Europe Fédérale (UEF).